On en parle
Article de Jeanne-Sarah de Larquier (French Review decembre 2008)
Avec, Le Dépositaire, publié chez l’Harmattan, nous découvrons un nouvel auteur du Sénégal, Sémou Mama Diop. Pour avoir bousculé le cadre de sa formation d’expert-comptable, il est pour nous surtout ce grand amateur d’Histoire dont l’écriture se doit de rétablir la problématique du récit historique tel qu’il a été jusqu’à présent transmis au-delà des regards et des perspectives inlassablement portés et tournés vers un monde toujours occidental. Ce roman subdivisé en quinze chapitres s’amorce dès le prologue par le retour au bercail, après dix années passées en exil à Paris, de cheikh Moudi Doumbia, le jeune héros autour duquel le récit se déroulera et suivra son cours. Connu de tous sous le simple nom de Moudi, il avait, dix années auparavant, fondé l’organisation JNA (Jeunesse Noire Africaine) avec son ami Gorgui Diop, aujourd’hui président de l’organisation. Leur idée de départ avait été d’encourager les étudiants à remettre en question certains aspects du système éducatif qui les choquaient, aspects calqués sur un modèle occidental imposé qui, d’une part, s’appliquait mal à la réalité africaine et qui, d’autre part, reniait l’histoire vraie et la culture propre du peuple sénégalais ; pour preuve, entre autres les noms de rue et d’établissements dictés par l’administration coloniale, noms de héros français dont la plupart, paradoxalement pour l’Afrique, étaient convaincus de l’infériorité du Noir (Collège Honoré de Balzac). C’est ainsi que Sémou Mama Diop suggère grâce à Moudi et la JNA de continuer à lutter pour la décolonisation véritable, en proposant « une lecture de l’Histoire non tronquée » afin que, se remettent en cause, leur pays cesse tout mimétisme et que naisse une réelle collaboration entre les peuples.
Les chapitres qui suivent sont admirablement menés autour d’un suspense incessant, mêlant cette fois la fiction politique à la réalité historique telle que l’aurait approuvée le célèbre historien Cheikh Anta Diop qui ne pouvait concevoir le récit historique d’une Amérique découverte par Christophe Colomb alors qu’elle était déjà habitée par des hommes bien avant son arrivée accidentelle. Il faut aussi mettre à l’honneur le fait que l’on trouve tout au long de ce livre une exploration de la psychologie de personnages aussi diversifiés que possible, qu’il s’agisse de l’artiste Lô Dakar, de l’orateur gorgui Diop, de la militante féministe Djeynaba Ndiaye, du président de la commission Demba, du ministre de l’éducation Bocar Sy, du journaliste Serigne Coumba Sène, du chirurgien renommé Wane, du syndicaliste Samba Fall et de son aide Sitoé, du chef de cabinet Dieng, du président Ferdinand Sagna, ou encore de la bâtarde Sokhna. En définitive dans ce roman, chaque sous-histoire, chaque anecdote, chaque être contribue à établir un portrait humaniste de l’Afrique noire depuis le lendemain des indépendances jusqu’à nos jours, Afrique au sein de laquelle « La Voix de l’Espoir » et « La Voie du Salut » dessinent un avenir que l’on souhaite aux antipodes de l’utopie, fait de respect, d’égalité,d’équité, de connivence, de tolérance, d’amitié, d’amour, en somme un avenir harmonieux et juste pour tous…
Pacific University (OR) Jeanne-Sarah de Larquier

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